Alors que les rumeurs autour du rachat du FC Nantes s'intensifient et évoquent des montants colossaux pouvant atteindre 100 à 125 millions d'euros bonus compris, plusieurs spécialistes de l'économie du sport invitent à la plus grande prudence. Le projet porté par l'entrepreneur franco-portugais Paulo Tavares à la tête du fonds Phenix Sports Invest affiche des chiffres spectaculaires qui paraissent très éloignés de la réalité financière du club nantais.
Interrogé par Ouest-France, Jean-François Brocard, chercheur au Centre de droit et d'économie du sport (CDES), remet en question les données avancées dans la presse.
« Très clairement, le club ne sera pas racheté 100 M€, ça n’aucun sens. Ou alors, c’est qu’il y a un loup. De mon point de vue, la valeur intrinsèque n’est pas supérieure à 30 M€. »
Une absence d'actifs immobiliers qui pèse lourd
Pour expliquer cet écart gigantesque entre la communication de l'acquéreur potentiel et l'estimation des économistes, plusieurs facteurs structurels sont mis en avant. En premier lieu figure l'absence de patrimoine immobilier : le FC Nantes n'est propriétaire ni du Stade de la Beaujoire ni du centre d'entraînement de la Jonelière, deux infrastructures clés qui appartiennent aux collectivités et ne peuvent donc pas gonfler la valeur marchande de la franchise.
À cela s'ajoute la situation sportive et économique actuelle de l'écurie nantaise. Évoluant désormais au niveau de la Ligue 2, l'entité ne dispose plus des mêmes recettes télévisuelles ni du même pouvoir de valorisation sur le marché des transferts de joueurs.
Distinguer le prix d'achat et les investissements futurs
L'expert souligne qu'il convient de ne pas confondre la somme directement versée au propriétaire vendeur et les capitaux qu'il faudra injecter par la suite pour assurer le fonctionnement au quotidien et combler le déficit structurel.
Bien que le dossier présenté par Paulo Tavares mette en avant des figures médiatiques comme l'ancien Madrilène Marcelo ou l'artiste américain Snoop Dogg pour capter l'attention de la scène internationale, la réalité de la transaction devra d'abord convaincre les instances de contrôle. L'examen des garanties bancaires par la DNCG constituera le véritable juge de paix de cette opération de rachat.